« Notre spectacle évoque toutes les choses que Joséphine Baker n'a pas pu dire ou faire pendant sa carrière. »
Peter Sellars
« Puisque j’incarnais la sauvage sur scène, j’essayais d’être aussi civilisée que possible dans la vie quotidienne. » Par-delà l’exubérance de ses numéros, les sourires et l’humour, par-delà même les discours engagés, combien de blessures et de révoltes Joséphine Baker a-t-elle gardées enfouies ? Danseuse, chanteuse, actrice et résistante sous couverture, elle aura entretenu un jeu de masques toute sa vie durant, reprenant d’abord à son compte celui, grotesque, imposé par le regard colonial. « Est-ce bien moi, cette personne laide et ridicule ? » avait-elle un jour laissé échapper. Qui sait quel regard Joséphine Baker, la femme, portait sur elle-même ? Quelle ombre pouvait grandir à la lumière de la renommée, même durement acquise et si justifiée ? Joséphine, en vérité, ne présentait jamais qu’un seul profil, ni dans ses danses, ni dans ses chansons dans lesquelles l’ironie venait toujours fissurer le miroir, élargir les barreaux de la cage, retourner les stigmates. L’ironie, et l’amour, capable de prendre chez elle toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. C’est vers ce monde intérieur, vers « ce cœur endommagé », « sous la surface », que choisit de regarder Perle noire : méditations pour Joséphine. L’occasion de sonder la complexité d’une femme façonnée par l’exil, le racisme et la quête d’identité.
« Je me demande si vous savez qui vous êtes.
Moi, je sais que je suis noire.
Vous me voyez sûrement,
mais vous voyez-vous vous-même ? »
Claudia Rankine
Julia Bullock, Tyshawn Sorey, Claudia Rankine et Peter Sellars mêlent musique, danse, poésie et théâtre dans un spectacle conçu « pour Joséphine ». Un hommage, une suite de méditations imaginées à partir de son héritage musical, transposé dans des tonalités jazz ou confronté aux influences des negro spirituals pour en exalter la part de mélancolie sourde, ce doute que semblait trop vite évacuer l’aspect dansant des chansons originales. Mêlée aux improvisations du saxophone, de la guitare électrique, aux lamentations de la flûte et du basson, dans le ralenti des tempi, la parole de Joséphine Baker se fraye un autre chemin, le sens des textes d’hier entrant en résonance avec les monologues de Claudia Rankine pour raconter l’expérience d’une femme racisée, dont les engagements demeurent d’actualité.
THÉÂTRE MUSICAL, 2016
En langue anglaise
PETER SELLARS
Nouveau spectacle (création : 2016)
TYSHAWN SOREY
JULIA BULLOCK
JOSÉPHINE BAKER
International Contemporary Ensemble
1h50 sans entracte.