La musique d’Arvo Pärt et de Max Richter promet de faire vibrer le Palais Garnier d’intensité, en accompagnant les désormais légendaires Solo for two de Mats Ek et Season’s Canon de Crystal Pite.
En bref
« Mon travail est un mélange de nuances et de lignes classiques associées à du groove, et j’apprécie vraiment d’observer cette liberté d’expression. »
Micaela Taylor
Micaela Taylor a développé une méthode de création, « Expand Practice », qui lui permet d’imaginer des formes et textures physiques variées, athlétiques et ancrées, précises et articulées, théâtrales, étranges mais belles. À la fois rigoureux et vivant, son vocabulaire puise dans toutes les sources. Avec Dreams This Way, sa première création pour le Ballet de l’Opéra national de Paris, elle plonge les spectateurs dans un songe survolté, un voyage émotionnel marqué par trois réalités distinctes, entre exaltation tourmentée et état complexe qui défie l’imagination : « Les rêves, qu’ils soient symboliques ou littéraux, offrent une expérience surréaliste et peuvent nous conduire à explorer plus avant notre esprit, notre corps et notre âme ».
La solitude à deux est un thème de prédilection pour Mats Ek. Avec Solo for Two, le chorégraphe livre une pièce intimiste où la danse sonde les frustrations, la douleur, l’ennui et le manque auxquels chacun se trouve confronté dans sa recherche de l’autre, de communion et d’abandon. Le ballet procède d’une adaptation d’une œuvre conçue en 1995 pour le film de Sylvie Guillem, Evidentia : Smoke, « une œuvre de chambre, d’un bleu sombre, qui s’insinue dans les recoins de l’esprit du spectateur » (Svenska Dagbladet), l’écriture de Mats Ek puisant toujours au refoulé. Un escalier, un mur, un couple : Solo for Two prolonge cette expérience de dépouillement et de confrontation entre deux êtres sur les musiques déchirantes d’Arvo Pärt. Jamais gratuite, à la fois cocasse et tourmentée, la gestuelle du Suédois s’inscrit en faux contre une existence quotidienne et intérieure aseptisée. Les pieds se tordent, s’agitent, les reins se cassent, les jambes se dérobent, les mains se crispent dans une écriture faite de secousses, de ruptures, d’éruptions. Le corps se lamente, se cambre et se défend de ce qui existe hors de lui et en lui ; il s’emporte et s’épuise, s’apaise et se réconforte en s’enroulant sur lui-même, palliant l’absence inscrite dans les objets et les tentatives manquées pour se retrouver, se comprendre et embrasser la réalité d’un autre toujours insaisissable.
« Je voulais apporter ma fascination pour la nature, sa beauté et sa brutalité, combien elle est dangereuse, complexe et belle. »
Crystal Pite
Récit des origines ou de l’éternel recommencement, The Seasons’ Canon tient lieu de révélation dès sa création en 2016. Dans une lumière diffuse et cuivrée, sur l’espace nu du plateau, Crystal Pite travaille un collectif de 54 danseurs à la manière d’un seul corps, qu’elle fait respirer à l’unisson, qu’elle étire, contracte, disloque et réassemble par une suite de réactions en chaîne, de gestes en écho ou de comportements disruptifs, comme autant de phénomènes moléculaires. Fourmillant, organique, traversé de saccades convulsives, son rite chorégraphique brouille les frontières entre le groupe et l’individu, le féminin et le masculin, l’humain et l’animal, le social et le cellulaire, pour nous tendre l’image, à la fois clinique et sublime, du vivant et de ses conditions préalables : le mouvement et sa reconduction. Chaque interaction, chaque contact est l’occasion d’un transfert d’énergie ; la distance et les courses autonomes, l’occasion de l’accumuler et d’entrer en vibration. Car comment exister autrement qu’en connexion avec tout ce qui est ? En embrassant la vitalité et le lyrisme des Quatre Saisons remixées par Max Richter, Crystal Pite nous fait accéder aussi bien à la vérité qu’au mystère irrésolu de l’univers. Une ode à la nature et à notre nature humaine, à leurs paradoxes et à leur essence conflictuelle. Magnétique et universelle.
MICAELA TAYLOR
Dream This Way : création
Musique : Tru
MATS EK
Solo for Two : entrée au répertoire (création : 1996)
Musique : Arvo Pärt
CRYSTAL PITE
The Season’s Canon : reprise (création : 2016)
Musique : Max Richter
LES ÉTOILES
LES PREMIÈRES DANSEUSES
LES PREMIERS DANSEURS
LE CORPS DE BALLET DE L’OPÉRA
Musiques enregistrées
2h05 avec 2 entractes