Avec Jonas Kaufmann et Magdalena Kožená sous la direction incandescente de Sir Simon Rattle, Carmen  explose de passion, de couleurs et d’énergie dramatique.

L'essentiel

  • Le chef-d’œuvre le plus populaire du répertoire. 
  • Une mise en scène radicale et subversive soulignant avec éloquence le goût immodéré de Carmen pour la liberté.

L’argument

À Séville au XIXe siècle : le brigadier Don José, envoûté par Carmen, décide de déserter pour suivre la jeune gitane dans la montagne parmi les contrebandiers. Mais hélas, les amours de Carmen ne durent pas six mois. Elle paiera de sa vie son indépendance farouche. 

« [Bizet] a voulu montrer de vrais hommes et de vraies femmes éblouis, torturés par la passion, s’agitant au vent de la folie, et dont l’orchestre, devenu créateur et poète, nous raconterait les angoisses, les jalousies, les colères, les entraînements insensés. »

(Théodore de Banville, Le National, mars 1875)

L’héritage 

Le prélude de Carmen oppose d’emblée les deux facettes de l’opéra : la fantasmagorie hispanisante qui sert de décor au drame, et ce qui en constitue l’essence, le thème du destin, le lien fatal qui unit les deux amants, clamé par les violoncelles et les cornets à piston. La musique de Bizet éblouit et enivre, pique et affole. Elle jongle avec le sérieux et le frivole, les accents populaires et les harmonies savantes, conservant dans chacun de ses élans, de ses intuitions et de ses volte-faces son charme et son naturel, libre comme Carmen de ses attaches et de ses audaces, quoiqu’il en coûte. À l’Opéra-Comique, l’œuvre fait scandale, trop ardente et trop vénéneuse pour ce théâtre des familles, lieu privilégié des entrevues, des mariages et des dénouements heureux, comme en témoigne l’effarement de l’un de ses directeurs Adolphe Leveu : « La Carmen de Mérimée ! Est-ce qu’elle n’est pas assassinée par son amant ? Et ce milieu de voleurs, des bohémiens, des cigarières ! » Avant sa mise à mort, Carmen offusque surtout pour son trop plein de vie et de sincérité, pour son refus des convenances et de l’hypocrisie. Certes, Bizet paye son tribut à la tradition – il distille des scènes de fête, teinte les interventions des contrebandiers de comique, invente le personnage de Micaëla de toutes pièces pour accuser en négatif les contours de Carmen – mais son ultime chef-d’œuvre parle avec l’assurance de la Habanera, regarde droit devant et rabat les cartes du jeu, pavant la route à la Dalila de Saint-Saëns et à la Manon de Massenet. 

« José est un homme violent et en souffrance qui lutte contre lui-même, le devoir, l’influence de sa mère, contrer ses obsessions. À travers lui, j’ai voulu souligner une violence quotidienne et contextuelle. »

(Calixto Bieito)

Le parti pris 

Bieito fait revivre l’histoire de Carmen dans une ville espagnole de la côte africaine au début des années 1970, avec ses trafiquants, sa Légion étrangère (qui contribua au succès et à la durabilité du coup d'État militaire), et ses gardes civils. Tous sont réunis sous une même bannière, érigée au centre du désert dans sa verticalité comme le symbole d’une violence patriarcale que tout indiffère, aussi bien le sort des femmes que celui des hommes qui se font le bras armé du système. La passion de Don José pour Carmen dans ce contexte, son incapacité à concevoir la liberté de cette dernière en dehors de lui, en devient un symptôme, l’expression la plus terrible, mais indissociable pour autant de faits quotidiens socialement ancrés et acceptés, que le metteur en scène éclaire d’une lumière crue. Dans la lignée du cinéma de Bigas Luna (Jamon, Jamon avec Penélope Cruz et Javier Barden en 1992), et du metteur en scène Fernando Arrabal (La vida breve de Manuel de Falla en 1985), la production s’ancre dans un réel âpre, toujours d’actualité, qui imprime la marque de sa rudesse aux personnages.

Au cœur de la production 

Minimalistes mais suggestifs, les décors d’Alfons Flores ramènent l’Espagne et la virilité à ses démons et à ses totems (le mât du drapeau, la silhouette du taureau d’Osborne, les nombreuses voitures, l’arène de tauromachie) et permettent au metteur en scène de composer des images d’une grande force, esthétique et dramatique, depuis la première scène avec un militaire puni courant jusqu'à s'effondrer autour d’un groupe de soldats au garde-à-vous, jusqu'au corps sans vie de Carmen, en passant par la pantomime crépusculaire du torero. 

OPÉRA EN QUATRE ACTES, 1875

Mise en scène

CALIXTO BIEITO

Reprise (Création : 2017)

Direction Musicale

KERI-LYNN WILSON

Avec notamment

STÉPHANIE D’OUSTRAC / VICTORIA KARKACHEVA

CARMEN

RUSSELL THOMAS / JEAN-FRANÇOIS BORRAS

DON JOSÉ

AMINA EDRIS

MICAËLA

Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris

3h00 avec 1 entracte

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