L'essentiel

  • Des musiques envoûtantes signées Mikael Karlsson (à l’origine de la bande-son du ballet Play), et Gustave Rundman.
  • Une soirée qui fait se rencontrer les perspectives de chorégraphes distingués ces dernières années pour leurs créations innovantes.

Arena 

"C’est une histoire contemporaine, centrée sur nos relations à la technologie, la manière dont elle ne respecte pas nécessairement les frontières traditionnelles auxquelles nous étions habitués."

(Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright)

Nouvelle expérience scénique et cinématographique du duo de chorégraphes britanniques Morgann Runacre-Temple et Jessica Wright, Arena fait éclater la hiérarchie et la solidarité du Corps de Ballet dans une pièce foisonnante où les danseurs, en compétition les uns avec les autres, se disputent l’attention des caméras, le droit de les orienter, et la capacité à inventer des mouvements signatures, finalement récupérés par d’autres. Kaléidoscopique, multipliant les perspectives, variant la focale, la scénographie défait encore l’unité de chacun des corps. Au-delà de la référence aux médias sociaux, le dispositif évoque une société de la surveillance où l’image captée en direct et projetée dans les cintres intervient comme un rapt. Un narratif renforcé par le décor (en fond, comme la boîte noire d’une machinerie dystopique) et les costumes (l’individu réduit au numéro inscrit sur son dossard). Dans cet état de guerre de tous contre tous et de guerre avec soi et son reflet, la disponibilité, la simultanéité et la surabondance des images posent un défi à la coprésence, à l’attention et au regard du spectateur. Sorti de son lit pour inonder l’espace en mode multi-canal, le flux chorégraphique implique des choix, des renoncements : où poser le regard, faut-il consentir à la mise en exergue, ou s’y soustraire et regarder ailleurs, pour ne rien manquer d’un essentiel qui reste à définir, quand, sur la trace de certains échappés, la caméra prend encore d’autres chemins.   

Étude 

La danse se confronte aussi à son image chez Marcos Morau qui en revisite les codes – le tutu, les diadèmes, les exercices à la barre, le vocabulaire consacré – en commençant par les saluts. Comme détachée d’une toile de Degas, la ballerine originelle se dédouble, progressivement absorbée par le cortège de ses pairs comme dans une suite de motifs imprimés sur le rideau de scène. Un geste inaugural qui tend à l’art un premier miroir : la danse est affaire de répétition, la tradition de reproduction, la quête de perfection d’éternel recommencement. C’est le sens d’une « étude ». Millimétrée, la mécanique classique du défilé fait place à une composition baroque, un brassage organique où émerge ici un port de bras façon Lac des cygnes ou Willis, là, des lignes torves à la Sharon Eyal. Marcos Morau détaille le Corps de Ballet à la manière d’un peintre, multipliant les poses, variant le sens des contorsions en une mosaïque plastique ; étrange radeau de la Méduse que l’image de ces danseurs, en costume chair, arrimés à leur barre et les uns aux autres, s’étirant en vagues, s’enroulant sur eux-mêmes, s’oubliant dans un travail ininterrompu. Chaque geste dans Étude se double d’un écho, d’une référence, d’un souvenir, dans une conversation avec les « fantômes » de l’institution, dont on ne sait plus s’ils sont ceux inscrits dans sa mémoire ou les interprètes vampirisés par leur art et les lueurs fantastiques qui baignent le plateau.

MORGAN RUNACRE-TEMPLE, JESSICA WRIGHT

Arena : Création

Musique : Mikael Karlsson

MARCOS MORAU

Étude :  Création

Musique : Gustave Rudman

Distribution

LES ÉTOILES

LES PREMIÈRES DANSEUSES

LES PREMIERS DANSEURS

LE CORPS DE BALLET DE L’OPÉRA

Musiques enregistrées

2h40 avec 1 entracte

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