Plongez dans l’univers musical de Laurie Anderson et d'Ezio Bosso, qui nourrissent l’imagination et la poésie des grands chorégraphes de notre temps.
Créé en 2004 pour Aurélie Dupont, Manuel Legris et Nicolas Le Riche, O złozony / O composite a marqué l’entrée de la « Postmodern Dance » à l’Opéra national de Paris. Fondé sur l’abstraction, le travail de Trisha Brown s’inscrit dans l’héritage de Merce Cunningham, du Judson Church Dance Theater, se refusant à hiérarchiser les corps et à faire système, privilégiant des « structures à instabilités moléculaires », ouvertes sur un infini de possibles combinatoires, individuelles et collectives. Une géométrie variable, reconfigurée dans O złozony / O composite, par l’effet d’une chute, d’un équilibre brisé, du ressort des hanche, d’un porté ou d’un élan inattendu, dans un mouvement d’engendrement continu des gestes et des postures. Sur la musique de Laurie Anderson et dans le prolongement énigmatique de la voix du poète de Czesław Miłosz, Trisha Brown compose une rêverie en blanc sur noir, avec la grâce de danseurs idéogrammes à la précision hypnotique, mais suivant l’arbitraire du signe à la base du langage.
L’hypothèse, ou le vœu, formulés dès le titre informent sans trop de détours sur le défi posé par ce solo au concept traditionnel de représentation et de performance classique. If you couldn’t see me se danse entièrement dos au public, dans des lumières crépusculaires favorisant un jeu de voilé/dévoilé extrêmement maîtrisé, entre tenue du buste et souplesse des hanches. Soustrait à la pression du regard, préservé dans le secret et le mystère de son élégante statuaire, le soliste (homme ou femme) trouble et questionne, mesurant son offrande, renégociant la place de son corps dans l’espace et son rapport au spectateur – laissé quant à lui, en vertu de ce qui lui échappe, à l’appréciation pure du mouvement, de sa volupté et de son sens caché.
Le ballet sur pointes de David Dawson épouse la partition bouleversante du Concerto pour violon d’Ezio Bosso dans une écriture néoclassique d’une fluidité virtuose. Partant du concept d’énergies masculine et féminine de Carl Jung qu’il transcende, le chorégraphe destine aux hommes des ports de bras d’une douceur inattendue, aux femmes des grands jetés puissants. Avec lui les corps s’envolent, les bras s’étirent, dynamisés par des poignets cassés, le mouvement est vif, rapide, l’espace traversé de courses. Homme ou femme, individu ou collectif, portés acrobatiques ou passages au sol, suspension ou accélération : chaque élément de la chorégraphie répond à son contraire dans une polarisation positive, indispensable au mouvement et à sa perpétuelle reconduction. Un ballet en noir et blanc où se perpétue aussi le souvenir de Balanchine et de Beach Birds de Merce Cunningham.
Imre et Marne van Opstal signent une pièce à la danse expressive et viscérale, avec des mouvements tournoyés et arqués, des sauts carpés et des glissés étourdissants proches du style gaga d’Ohad Naharin et de celui d’Hofesh Shechter. Entre le béton et d’immenses toiles de paysages d’inspiration romantique, le duo de chorégraphes porte une réflexion sur notre rapport à la nature et les processus de socialisation qui le conditionne. La référence au bois flotté (drift wood) vaut alors aussi bien pour caractériser ces phénomènes sociaux qui nous lissent que les expériences et les résistances qui leur sont opposées et qui nous valent, comme aux branches, nos orientations particulières et notre singularité ; ou bien caractérise-t-elle encore cette mue volontaire par laquelle chacun peut espérer se défaire des conditionnements qui font entrave à sa liberté.
TRISHA BROWN
O złozony / O composite : reprise (création : 2004)
If you couldn’t see me : entrée au répertoire (création : 1994)
Musiques : Laurie Anderson / Robert Rauschenberg
DAVID DAWSON
Anima Animus : entrée au répertoire (création : 2018)
Musique : Ezio Bosso
IMRE, MARNE VAN OPSTAL
Drift wood : création
Musique : Amos Ben-Tal
Distribution
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LE CORPS DE BALLET DE L'OPÉRA
Musiques enregistrées
2h25 avec 2 entractes