Laissez-vous emporter par la poésie envoûtante de Rusalka, où Dvořák fait dialoguer les eaux profondes du mythe et les élans les plus intimes du cœur.

L'essentiel

  • Un chef-d’œuvre incomparable du répertoire lyrique, d’une veine mélodique intarissable, d’une merveilleuse délicatesse orchestrale, rythmique et harmonique, à la limite de l’impressionnisme. 
  • Une mise en scène signée par Robert Carsen, au sommet de son art.
  • Le retour de l’éminent chef d’orchestre japonais Kazushi Ōno à la tête de l’Orchestre de l’Opéra après plus de quinze ans d’absence.

L’argument

L’ondine Rusalka est amoureuse d’un prince. Pour prendre forme humaine, elle doit, sur les conseils de la sorcière Jezibaba, renoncer à la parole. Le prince, au début charmé par la beauté mystérieuse de l’ondine, se lasse de son mutisme et s’éprend d’une princesse étrangère rusée. Délaissée, Rusalka doit quitter le monde des humains sans pouvoir – châtiment suprême imposé par l’Esprit du Lac – réintégrer le monde aquatique. Le prince, conscient de l’erreur qu’il a commise, se lance à sa recherche, la retrouve et accepte, dans un baiser, de la rejoindre dans l’anéantissement.

L’héritage

De retour des États-Unis, Antonín Dvořák compose quatre poèmes symphoniques d’après les ballades d’Erben : L’Ondin, La Sorcière de Midi, et Le Rouet d’Or créés en 1896, puis La Colombe sauvage en 1898, dont Rusalka est proche. Avec La Petite Sirène d’Andersen et le roman Undine de La Motte-Fouqué, les romances de l’écrivain tchèque constituent l’une des sources du livret de Kvapil, que le compositeur accepte sans difficulté : « je crois que l’atmosphère que j’essayais de recréer comptait plus que le livret en lui-même » écrira le librettiste. À rebours du courant naturaliste en vogue à la fin du siècle, Dvořák renoue avec la féerie de sa terre natale dans une œuvre au lyrisme poignant, marquée par l’héritage de l’opéra romantique de Wagner et du drame symboliste de Debussy, à la fois sensuelle et désespérée. Car la sirène et le prince ne peuvent musicalement se rejoindre qu’à condition de se détruire. En contraignant son héroïne au silence après une prière à la lune bouleversante, l’opéra accuse le douloureux passage du désir à la réalité et l’impossible rencontre entre le monde surnaturel, plein de présences exaltées et frissonnantes, transcrites par les réverbérations et les irisations de l’orchestre, et le royaume humain, où la parole, quoiqu’incarnée, n’exclut pas le manque de substance et d’intégrité. Le silence de Rusalka fonctionne ainsi comme contrepoint moral et ressort dramatique : l’ondine ne peut s’exprimer que dans le domaine du rêve, et, faute d’une fusion heureuse avec le réel, dans la torpeur de ses limbes glacés.

Le parti pris

Robert Carsen place le désir de transgression de Rusalka au cœur de la production. Pour donner corps aux aspirations de l’ondine tout en les maintenant à distance, le metteur en scène fait son miel de la scénographie et de la chorégraphie, multipliant les effets d’oppositions, de miroir et les dédoublements affectant la capacité d’action de l’héroïne. Rusalka fantasme et projette, mais d’autres prennent sa place, assument les gestes que lui refusent sa condition et sa malédiction, ou annoncent encore l’issue tragique de son désir de fusion amoureuse. Échec réel ou apothéose différée par le jeu des doubles le temps d’être pleinement prête à consentir : comme souvent, la fin chez Robert Carsen ne tranche pas.  

Au cœur de la production

Inspirée par les analyses psychanalytiques des figures de l’ondine et de la sirène, la lecture de Robert Carsen explore les tensions entre l’élément aquatique (féminin) et solaire (masculin), entre la pureté de l’amour romantique et idéal, et le pulsionnel de l’amour sexué, redouté parce qu’indissociable d’une blessure faite au corps. Espace rêvé et interdit, convoité et spolié, le lit du Prince devient le centre de gravité de la mise en scène, le lien entre les mondes, en même temps que le point d’après lequel l’espace se fracture et se reconfigure en vain.  

CONTE LYRIQUE EN TROIS ACTES, 1901

En langue tchèque

Mise en scène

ROBERT CARSEN

Reprise (création : 2002)

Direction Musicale

KAZUSHI ŌNO

Distribution

NICOLE CAR

RUSALKA

SERGEI SKOROKHODOV

LE PRINCE

EKATERINA GUBANOVA / ALISA KOLOSOVA

LA PRINCESSE ETRANGERE

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris

3h35 avec 2 entractes

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