Découvrez la musique d’Antonia Bembo avec ses Produzione armoniche, où le charme et l’étrangeté de la musique baroque féminine se révèlent en prélude à la rare splendeur scénique de son Ercole Amante.
L'essentiel
Hercule aime la jeune Iole, mais il est l’époux de Déjanire. Iole est en outre aimée de leur fils Hyllus. De Vénus qui favorise l’amour, de Junon qui protège la fidélité, ou du rusé Lychas, instigateur du dénouement terrestre, qui l’emportera ?
L’opéra d’Antonia Bembo s’appuie sur le même texte mis en musique par le Vénitien Francesco Cavalli en 1662 pour le mariage de Louis XIV et Marie Thérèse d'Autriche, et représenté au Palais des Tuileries avec un luxe d’effets, de machineries et de danses imposées par Lully. Cette reprise n’est pas un hasard et constitue un double hommage de la part de la compositrice : Cavalli a été son professeur de musique et de chant en Italie – et l’un des premiers hommes à créer avec son Ercole amante un opéra à Paris –, et Louis XIV son protecteur en France, à qui elle dédie l’essentiel de ses œuvres et qu’elle renvoie ainsi à un épisode de sa jeunesse et à ses premiers amours, parmi lesquels le ballet de cour.
Malgré le scepticisme critique exprimé à l’égard d’une forme artistique venue d’Italie et l’échec de sa création, l’opéra de Cavalli fournit les bases de la tragédie lyrique et du style français à venir : une structure en cinq actes, agrémentée de divertissements dansés, riche d’une variété d’airs et de situations très caractérisées (lamenti, scènes du sommeil, des Enfers, de folie, etc.). Avant la synthèse proposée en 1724 par François Couperin dans son recueil Les Goûts réunis, en réponse à l’éternelle question de la supériorité de l’une ou l’autre des traditions musicales, il est probable qu’Antonia Bembo, alors au faîte de sa maturité, ait voulu apporter sa vision de cette synthèse des manières italiennes et françaises. En résultent un parlé-chanté très expressif, portant une grande attention au sens du texte, des chœurs superbes à la polyphonie raffinée, de brillantes ouvertures à la française et une orchestration plus soutenue que chez son maître – une particularité que devrait encore renforcer le choix d’augmenter l’effectif des musiciens en fosse à Bastille.
La metteuse en scène américaine Netia Jones s’empare de l’intrigue sulfureuse de l’opéra, de ses détours alambiqués et de ces interventions divines pour questionner les notions de désir et de consentement dans une société régie par un pouvoir phallocrate. En représentant Hercule à la fin de sa vie, entêté et aveuglé par l’orgueil, c’est aussi à la figure du héros, monstre sacré figé dans sa gloire et dans le sentiment de sa puissance, que s’attaque Netia Jones. Contemporaine, sa lecture renoue finalement avec l’irrévérence et la liberté de ton caractéristiques, du moins dans les échanges entre domestiques, des opéras vénitiens.
En écho aux prodiges visuels de l’opéra baroque, la production prend appui sur les technologies modernes (vidéos, caméras live, écrans LED, animation 3D) qu’elle implémente dans un décor stylisé, peuplé de références au XVIIIe et sans cesse dynamisé par des jeux de perspectives et de miroir, les effets de la machinerie ou de la danse.
OPERA EN CINQ ACTES, 1707
En langue italienne
NETIA JONES
Nouveau spectacle
LEONARDO GARCÍA-ALARCÓN
ANDREAS WOLF
ERCOLE
JULIE FUCHS
GIUNONE
ANDREAS WOLF
ERCOLE
ANA VIEIRA LEITE
IOLE
DEEPA JOHNNY
DEJANIRA
MARCEL BEEKMAN
LICCO
Orchestre Cappella Mediterranea
Chœurs de chambre de Namur
3h15 avec 1 entracte