Avec André Prévin à la tête du London Symphony Orchestra, le Roméo et Juliette de Prokofiev déploie toute sa fougue dramatique et sa tendresse poignante: un pur théâtre symphonique.

L'essentiel

  • Roméo et Juliette est considéré comme le ballet le plus emblématique et révélateur de la personnalité de Noureev : un ballet théâtral, opulent, marqué par la violence et la passion.
  • Un ballet exigeant pour les danseurs qui doivent trouver le bon équilibre entre la danse et la théâtralité.
  • Une reconstitution flamboyante de la Renaissance italienne.

L’argument

Roméo et Juliette se rencontrent à Vérone lors d’un bal masqué et s’aiment dès le premier regard. Mais cet amour ne peut se dire au grand jour, car leurs familles, les Montaigu et les Capulet, se vouent une haine ancestrale. La mort de Mercutio, le meilleur ami de Roméo, et du cousin de Juliette lors d’un affrontement entre les deux clans compromet définitivement l’avenir des deux amants. Avec la complicité du frère Laurent, Juliette imagine un stratagème pour prendre la fuite avec Roméo. Il s’en fallait de peu pour que le monde ferme les yeux sur leur transgression et que la mort reste un simulacre au secret bien gardé. Mais leur destin bascule selon les règles d’une fatalité aveugle, qui fait son miel d’une missive perdue et d’une rumeur trop vite répandue.

L’héritage 

En 1934, le Théâtre du Kirov souhaite représenter une nouvelle version de Roméo et Juliette. Le livret est confié à Sergueï Radlov, metteur en scène spécialiste de Shakespeare et la partition musicale est commandée à Sergueï Prokofiev. Le compositeur y met tous ses moyens au service du théâtre et des antagonismes en présence. Il privilégie les contrastes entre scènes intimes et familiales et développe des leitmotivs pour faciliter l’identification des personnages et de leur évolution au fil du drame, avec une tendresse particulière pour le personnage de Juliette. L’héroïne lui inspire une mélodie d’une grande fraîcheur, qui s’épanouit dans des envolées lyriques au contact de Roméo, avant de s’abîmer dans les paroxysmes émotionnels du dilemme tragique. Sans doute en raison de cette densité thématique, couplée à sa vigueur rythmique et à ses audaces harmoniques, la musique est déclarée trop difficile à danser lors de l’audition d’octobre 1935 au Bolchoï. Finalement créée en 1938 en Tchécoslovaquie, l’œuvre est par la suite plébiscitée par des chorégraphes comme Leonid Lavrovski (Saint-Pétersbourg 1940), John Cranko (Stuttgart 1962) ou Kenneth MacMillan (Londres 1965), preuve de sa richesse d’inspiration et de son indéniable théâtralité.

Le parti pris 

Grand admirateur de Shakespeare et du film de Zeffirelli de 1968, Rudolf Noureev réussit le mariage de la facétie et de la tragédie dans une production opulente, aussi habile dans la coloration des atmosphères – les pas de deux particulièrement expressifs, les scènes de foule rehaussées de pantomime, les combats à l’épée empruntant au folklore des danses russes – que dans la peinture des caractères, principaux comme secondaires. Le chorégraphe tisse d’emblée un fil invisible entre les deux âmes-sœurs, qu’il apparente dans la grâce et la candeur, en dépit des provocations amicales ou des prescriptions du huis clos familial. Pour leur rencontre, Noureev imagine un langage qui n’appartient qu’à eux, qui quitte les jeux de l’enfance pour aller vers une sensualité exaltée par la conscience de l’interdit. Avec un sens de la narration consommée, le ballet met en scène l’incompatibilité fatale de cette fusion heureuse à laquelle tout s’oppose, tant l’élégance polissée de Pâris que les forfanteries de Mercutio et la férocité de Tybalt. L’un et l’autre reviendront hanter Juliette, la danse visualisant les termes de son dilemme comme plus tôt la fêlure irrémédiable causée par leur mort.

Au cœur de la production 

Entre la peste et le poison des haines familiales, la mort plane sur l’histoire de Roméo et Juliette avant même la rencontre et la résolution des deux amants. Rudolf Noureev ouvre son ballet sur un cortège funèbre et une partie de dés qui évoquent d’emblée l’ambivalente légèreté des coups du sort. Le destin des personnages se réalise dans l’espace rêvé du mythe, délimité par les deux tours Renaissance qu’ouvrent et referment, à la manière d’un livre, les étranges parieurs.

BALLET EN TROIS ACTES

Chorégraphie

RUDOLF NOUREEV

Reprise (création : 1984)

Musique

SERGUEÏ PROKOFIEV

Direction Musicale

ROBERT HOUSSART

Distribution

LES ÉTOILES

LES PREMIÈRES DANSEUSES

LES PREMIERS DANSEURS

LE CORPS DE BALLET DE L'OPÉRA

Orchestre de l'Opéra national de Paris

3h05 avec 2 entractes

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