Dans La Bayadère, Ludwig Minkus déploie une musique chatoyante et théâtrale, tissée d’élans lyriques et de couleurs orientalisantes qui magnifient la danse.
En bref
Nikiya, danseuse hindoue, et Solor, un guerrier, sont amoureux. Le brahmane (le grand prêtre du temple) les surprend ensemble. Il va alors révéler au Rajah que Solor, à qui il vient de promettre la main de sa fille (la princesse Gamzatti) aime la bayadère Nikiya. Gamzatti essaie de convaincre Nikiya pour qu’elle renonce à Solor mais celle-ci refuse. Gamzatti décide de se venger en cachant un serpent mortel dans une corbeille de fleurs destinée à Nikiya. Cette dernière, mordue, meurt. Solor, désespéré de sa mort, se réfugie dans la drogue et sombre dans un songe provoqué par l’opium. Un Acte des ombres où il retrouve, au milieu de bayadères mortes, sa bien-aimée.
Courtisane attachée au culte divin, déléguée aux plaisirs aussi bien qu’aux rites sacrés, la bayadère a de quoi frapper l’imaginaire des voyageurs et des missionnaires qui s’attachent, dès le XIIIe siècle, à décrire son rôle et sa place dans la société indienne, ses danses et ses atours. À leur suite, écrivains et artistes convoquent cette figure dans leur mise en scène du pouvoir colonial, dans leur argumentaire anticlérical pour dénoncer la soumission aux superstitions, et leurs rêveries nourries d’exotisme. Présente dans les pièces à sujet indien du XVIIe siècle comme personnage secondaire, la bayadère s’impose comme une héroïne de sensibilité toute romantique avec le succès de Marie Taglioni dans l’opéra-ballet Le Dieu et la Bayadère, inspiré par la ballade de Goethe du même nom, et chorégraphié en 1830 par Filippo Taglioni sur une musique d’Auber et un livret de Scribe. Le XIXe siècle confond ainsi en une seule représentation deux archétypes de la féminité indienne, la danseuse séductrice et l’amoureuse fidèle, résolue au sacrifice. En 1858, Théophile Gautier, marqué par les passages de la danseuse indienne Amany à Paris, puise à son tour au drame de Kālidāsa pour le livret de Sacountala, chorégraphié par le frère aîné d’un certain Marius Petipa. Vingt ans plus tard, Saint-Pétersbourg découvre Nikiya comme une lointaine cousine des héroïnes de Norma ou de La Vestale. Dialoguant avec les stéréotypes familiers au public, notamment relayés par la presse à la suite du tour du monde du prince de Galles, La Bayadère est l’une des grandes réussites du chorégraphe français en Russie, avant La Belle au bois dormant et Le Lac des cygnes. Marius Petipa signe un ballet à grand spectacle où se mêlent danses traditionnelles, mime, scènes de foule et, déjà, un ensemble abstrait enchanteur, longtemps présenté seul sur les scènes d’Europe.
Alors Directeur du Ballet de l’Opéra, Rudolf Noureev recompose le ballet d’après les notes de Petipa et la version de la troupe du Kirov, avec laquelle il se produisait pour la première fois au Palais Garnier en 1961, à 23 ans. Dernier spectacle du chorégraphe, La Bayadère constitue un testament à son image : étincelant et virtuose, avec ses pas de deux empreints d’une délicate sensualité, ses danses des poignards et des éventails, la variation de Solor, celle, iconique, de l’Idole dorée du deuxième acte, celle de la fière princesse Gamzatti ou la coda de Nikiya avec la corbeille de fleurs. Aux nombreuses scènes mimées, Noureev substitue davantage de passages dansés et rompt avec la figuration imposée aux interprètes masculins pour enrichir la palette de couleurs du ballet. Point culminant de la rêverie, l’Acte des ombres prolonge la magie originelle de Petipa avec la cadence hypnotique de sa procession fantomatique.
Les décors d’Ezio Frigerio plongent le spectateur dans un rêve d’Orient en synthétisant divers éléments pris à des monuments des Indes et de l’Empire ottoman. La pièce principale du décor, monumentale, d’abord un temple puis un palais, convoque l’image du Taj Mahal, mausolée dédié à l’amour défunt. Flamboyants, les costumes de Franca Squarciapino complètent le tableau en empruntant aux formes et aux couleurs de l’Inde et de l’Indonésie, aux peintures indo-persanes et aux orientalistes du XIXe siècle.
BALLET EN TROIS ACTES
En langue italienne
RUDOLF NOUREEV
Reprise (création : 1992)
LUDWIG MINKUS
KOEN KESSELS
LES ÉTOILES
LES PREMIÈRES DANSEUSES
LES PREMIERS DANSEURS
LE CORPS DE BALLET DE L'OPÉRA
Avec la participation des élèves de l’École de Danse
Orchestre de l'Opéra national de Paris
2h45 avec 2 entractes