Un ballo in maschera s’épanouit dans un feu d’émotions : Callas, Di Stefano, Gobbi et Barbieri incarnent un drame verdien flamboyant, où passion, séduction et intensité se déploient à chaque instant.
L'essentiel
Fin XVIIe siècle : Riccardo, gouverneur de Boston, et Amélia sont habités d’une passion réciproque aussi intense qu’impossible, car Amélia est mariée à Renato, fidèle et dévoué conseiller de Riccardo. Renato, persuadé que son honneur a été bafoué après avoir surpris leur entrevue, pourtant innocente, encourage le complot fomenté à l’encontre du gouverneur pour faciliter sa vengeance. Agent malgré lui du drame, le jeune page Oscar précipite le destin annoncé dès le premier acte par la sorcière Ulrica.
D’après les patrons traditionnels de l’opéra – le baryton prêt à tout pour empêcher l’alliance heureuse du ténor et de la soprano –, Verdi taille à ses personnages un costume sur mesure, dont il soigne aussi bien l’envers que l’endroit, s’amusant de la tension entre ce qu’il affiche et ce qu’il déguise, de ce que la matière reflète de lumière, et de ce que dessine l’ombre projetée des silhouettes. Il y a de la finesse dans chacun de ses points, dans l’orchestre et dans le chant – jamais un ténor verdien n’avait disposé d’autant de couleurs ! –, mais encore du génie dans l’architecture de la toile et ses jeux d’entrelacs, avec ces vastes ensembles au sein desquels peuvent alterner dialogues serrés, solos vocaux, épisodes choraux et ensembles allant du duo au quintette : tout formant bout à bout la maille inextricable du destin sur laquelle veille la sorcière Ulrica. La musique du Bal masqué en fait vibrer tous les fils à la fois, comiques, tragiques, élastiques et tranchants, et agrège la diversité des événements avec une grâce arlequine, ludique mais profondément équivoque, qui fait la synthèse des influences parisiennes jusqu’à Offenbach, et du drame à l’italienne dont persiste tout le lyrisme. Il y a de l’ivresse dans ce Bal comme nulle part ailleurs, et qui monte d’autant plus à la tête que Verdi décante la matière empruntée à Auber pour en concentrer les effets. À sa création en 1859, l’opéra est accueilli par une foule en délire, son succès sanctionné par 20 rappels.
En cohérence avec les situations du livret, Gilbert Deflo signe une production teintée de romantisme dont l’esthétique en damier (transgressée seulement par les costumes d’Ulrica et d’Oscar) semble se souvenir du titre imposé à Verdi par la censure napolitaine : La vendetta in domino. Le metteur en scène conserve le contexte américain mais choisit de situer l’action à l’époque de Lincoln au lieu du XVIIe siècle, dans un pays divisé par la question de l’esclavage, du progrès, de l’émancipation, imprégné par l’idée de Destinée manifeste et le syncrétisme culturel : un terreau fertile pour interroger le concept de fatalité au cœur de l’opéra, d’affrontement fratricide et de pardon. Chorégraphiée par Micha van Hoecke, la scène de bal achève de conférer à l’ensemble l’étrangeté d’une funeste rêverie.
Symbolisés sur la scène de l’opéra par l’aigle et le serpent, deux mondes se confrontent et se rencontrent : celui d’une nation en construction fondée sur la raison et le positivisme, non exempt d’orgueil, face à celui des passions occultes, des croyances, du refoulé et des intuitions.
MELODRAMMA EN TROIS ACTES, 1859
En langue italienne
GILBERT DEFLO
Reprise (Création : 2007)
SPERANZA SCAPPUCCI
MATTHEW POLENZANI
RICCARDO
ANNA NETREBKO / ANGELA MEADE
AMELIA
IGOR GOLOVATENKO / LUDOVIC TÉZIER / ARIUNBAATAR GANBAATAR
RENATO
Orchestre et Chœurs de l'Opéra national de Paris
3h00 avec 1 entracte